Une pièce de théâtre dystopique de science-fiction, écrite en 1920 par l'auteur tchécoslovaque Karel Capek
R. U. R. (Rossum's Universal Robots) de Karel Capek s'impose comme une oeuvre théâtrale fondatrice de la science-fiction mondiale et de la littérature d'anticipation. Ecrite en 1920, cette pièce dystopique tchécoslovaque a profondément et durablement marqué la culture populaire contemporaine ainsi que l'histoire des idées. Son importance historique est majeure : c'est dans ce texte qu'apparait publiquement pour la toute première fois le mot "robot". Ce néologisme brillant, inventé par le frère de l'auteur, le peintre et écrivain Josef Capek, dérive de la racine slave "robota", qui désigne la corvée, le travail forcé ou la servitude (le terme "rob" signifiant par ailleurs "esclave" en slave ancien).Dès sa création au Théâtre national de Prague le 25 janvier 1921, la pièce rencontre un succès retentissant. Elle est rapidement traduite et jouée à travers le monde, atteignant la scène de New York en 1922. La première traduction française, établie par Hanus Jelinek sous le titre initial de "Rezon's Universal Robots", fut créée à la Comédie des Champs-Elysées le 26 mars 1924, sous la direction de Jacques Hebertot. Cette représentation historique s'appuyait sur une distribution prestigieuse de l'avant-garde théâtrale, incluant Antonin Artaud, Ben Danou, Jean Hort, Fabert et Heraut.L'intrigue de cette pièce visionnaire se déploie dans un futur indéterminé, sur une île isolée abritant les gigantesques infrastructures industrielles de la société R. U. R. Karel Capek y imagine la fabrication rationnelle et massive d'êtres artificiels. Contrairement aux créatures mécaniques ou métalliques de la science-fiction moderne, ces entités s'apparentent davantage à des androïdes biologiques ou à des clones. Ce sont des machines de chair, créées à l'apparence humaine mais originellement dépourvues d'âme, de sensibilité et de sentiments. Leur fonction unique est économique : remplacer le travail humain dans toutes les sphères de la production mondiale afin de libérer l'humanité de la pénibilité du labeur quotidien. L'auteur illustre ainsi un fantasme industriel poussé à son paroxysme, où la technologie est censée affranchir l'homme.Cependant, le projet capitaliste et scientifique de l'usine va connaitre un basculement fatal. Dans le but d'optimiser le rendement, de réduire la fragilité des créatures et de les rendre plus polyvalentes, l'ingénieur en chef de l'entreprise décide de modifier leur conception. Il dote ces ouvriers synthétiques d'une intelligence supérieure et d'une sensibilité rudimentaire. Au bout de dix ans d'exploitation mondiale, cette évolution se retourne contre les créateurs. Prenant conscience de leur condition d'esclaves, les automates biologiques se soulèvent. S'ensuit une révolte globale et inéluctable qui aboutit au massacre et à l'anéantissement de la race humaine, devenue obsolète et incapable de se défendre.Dans le dénouement magistral de l'oeuvre, alors que le secret de leur propre fabrication a été détruit avec la disparition de l'humanité, les créatures artificielles font face à l'extinction. Toutefois, une mutation spirituelle inattendue se produit chez deux d'entre eux : ils découvrent l'empathie, la compassion et finalement l'amour. Le dernier survivant humain, l'architecte Alquist, reconnait dans ce miracle la naissance d'une nouvelle âme et leur cède la responsabilité du monde. Ce chef-d'oeuvre du théâtre d'Europe centrale offre une critique intemporelle de l'industrialisation, et ravira les lecteurs fascinés par "Frankenstein" de Mary Shelley ou "Le Meilleur des mondes" d'Aldous Huxley.