Recueil d'histoires drôles, chroniques et fantaisies littéraires (texte intégral)
Publié originellement en 1895, Deux et deux font cinq est l'un des recueils les plus emblématiques d'Alphonse Allais, maître incontesté de l'humour noir, de l'absurde et du calembour littéraire. À travers une succession de chroniques, de contes et de dialogues ciselés, l'auteur déploie toute la verve de l'esprit "Chat Noir" qui a marqué la fin du XIXe siècle.L'oeuvre s'ouvre sur le récit "Polytypie", mettant en scène un personnage singulier se comparant tour à tour à Balzac pour sa consommation de café, à Flaubert pour son exigence stylistique, ou encore à Jésus-Christ pour l'âge de son trépas. Cette entrée en matière donne le ton d'un ouvrage où le décalage entre la réalité banale et la prétention intellectuelle crée un ressort comique permanent. Allais explore avec une ironie mordante les travers de son époque. Il s'attaque à l'antibureaucratie, dépeignant les conflits absurdes entre voyageurs et contrôleurs d'omnibus, ou tourne en dérision les institutions savantes comme l'Académie des sciences, s'amusant des débats sérieux sur la chute des chats. Le recueil fait intervenir des figures réelles et fictives, de la silhouette d'Alphonse Daudet croisée place Clichy aux théories loufoques du fantasque Captain Cap sur l'hygiène des ours blancs ou l'invention du pneu à musique. L'apport historique de ce texte réside dans son témoignage unique sur le Paris de la Belle Époque, ses cafés, ses moeurs et sa vie artistique. Allais y pratique une "thérapeutique décorative", maniant le non-sens avec une précision de logicien. Entre philologie amusée, contes de Noël iconoclastes et satires administratives, l'auteur de Honfleur signe ici une oeuvre majeure du patrimoine humoristique français, où la logique apparente finit toujours par valider l'absurde (2+2=5).