Lorenzo, Lorenzaccio, Renzo, Lorenzetta… À l'image de son protagoniste, dont l'identité se diffracte au gré des surnoms qu'on lui donne, Lorenzaccio conserve une part irréductible d'énigme. Fresque gi-gantesque et exploration des plus subtils miroitements de l'intime, le drame de Musset est une grande pièce politique qui s'est cependant longtemps dérobée à la représentation et donc à une réception col-lective. La pièce offre également une méditation désenchantée où résonnent tout à la fois les grince-ments du cynisme et la nostalgie de l'idéal. Enfin, Lorenzaccio est l'une des créations les plus person-nelles de Musset, même si elle a été composée à partir d'un projet de George Sand. Lorenzaccio est à tous égards la pièce du doute, de la contradiction et du paradoxe. Dans ce tremblé, dans ces zones grises qui sont autant d'espaces de jeu, elle puise son énergie rageuse et n'en finit pas de solliciter l'imagination et l'interprétation. Sans doute est-ce pourquoi cette pièce, considérée comme le drame romantique français par excellence, digne de rivaliser avec Shakespeare, est aussi un grand classique : elle parle avec une acuité singulière à notre présent.