« Je suis une parvenue de laculture. On exigera toujours de moi des preuves. Pourquoi faut-il que j’aie àplaider constamment non-coupable ? » Cécile Rinaldi aime à appeler ses origines modestes, comme pour mieuxfaire valoir le chemin parcouru. Elle a désormais l’assurance que lui donne sabeauté brune et discrète, mais aussi la supériorité de son statut. Elle saitla fascination et la crainte qu’elle exerce sur son ancien (ou ancienne ?) élève : « Jem’écoute être avec toi et mes paroles, mes intonations, mes gestes sont étudiés, ne vont pas au-delà de monrôle. » Faut-il appeler amitié cesentiment si fort, si trouble, qu’elle suscite ? Il y a en elle un mélange dejeu et de candeur qui met ceux qui l’aiment à la torture. Comme si elleattendait qu’apparaisse la faille…L’écriture limpide de CamilleRondier excelle à décrire ladélicatesse, l’inquiétude, l’ambiguïté des relations entrelesêtres. « “Pourquoi m’aime-t-on ?” m’avais-tu demandé un jour à brûle-pourpoint. » Dans ce face-à-face avec la personnalité lisse etcomplexe de Cécile, le narrateur éprouve comme un vertige : « J’ai le sentiment angoissant de ne m’inscrirenulle part, de ne m’enraciner dans rien, d’être moins nécessaire qu’un galetqu’érode la marée. »De nombreuses allusions littérairespermettent de comprendre de quelle magie st faite ce roman, héritier de LaPrincesse de Clèves et d’Orlando, de La Prisonnière et de LaNausée. « Ta poitrine se soulève et tu soupires : chaque mot est à saplace, pas un ne manque, aucunn’est en surnombre. »