L’histoire, telle qu’elle nous est enseignée, est toujours une construction partielle, élaborée par ceux qui détenaient le pouvoir de l’écrire. Derrière les récits de conquêtes, de révolutions, de liberté ou de progrèssubsiste un silence pesant : celui des voix étouffées, des existences niées, des luttes occultées. Ces invisibilisés de l’histoire sont nombreux ; personnes racisées, minorités sexuelles, marginaux. Mais d’entretous, ce sont les femmes qui ont été les premières oubliées, celles dont les contributions ont été soigneusement ignorées, négligées, voire délibérément effacées. Pourtant, les femmes furent reines, scientifiques, artistes, militantes, travailleuses, et penseuses ; elles influencèrent la société qui était la leur, parfois de manière durable. Certaines firent l’objet d’une fascination extraordinaire, d’autres d’une haine viscérale. Le passé genevois recèle en l’occurrence une légion muette de femmes qui méritent que l’on s’attarde sur leur destinée. Donner une place à ces clandestines de l’histoire officielle, ce n’est pas réécrire le passé par idéologie : c’est le compléter, mais aussi reconnaître que pour tenter de comprendre les siècles précédents, notre regard contemporain ne peut faire l’économie de ce pan essentiel que les femmes ont rempli.