Cet essai aussi réjouissant qu’implacable et terrifiant nous raconte à travers différents exemples qu’il n’y a plus rien d’extérieur à la culture occidentale. Celle-ci digère, assimile, frelate, vide toutes les expressions émanant d’un ailleurs : l’art brut né des exclus de la société est aujourd’hui stimulé dans certains hôpitaux dans un but thérapeutique, le tatouage autrefois flétrissure des criminels, marquage des esclaves, art des sociétés nomades est devenu une mode exprimant la nostalgie d’une sacralité perdue et aussi une protestation identitaire. L’auteur se demande avec ironie si la Suisse devrait renoncer à sa neutralité pour entrer dans la Communauté européenne et répond que c’est probablement l’Europe qui finira par entrer dans le modèle suisse quand elle aura réussi à neutraliser tous ses particularismes.« Le temps est révolu où les races, les ethnies et les cultures qui composaient l’humanité variaient et trouvaient dans leurs différences et dans leurs hybridations des alternatives fécondes. Avec la globalisation, les disparités se fondent en une mêmeté amorphe. L’"ailleurs" interne, qui semblait particulièrement réfractaire, n’a pas résisté à l’homogénéisation : l’imaginaire des enfants est formaté par les écrans, et celui des malades mentaux par les antidépresseurs. Le capitalisme tardif, qui a tout dégradé et tout assimilé, qui n’a donc plus d’en-dehors (sinon celui, postiche, du djihadisme), et qui n’est plus aux prises qu’avec ses propres déchets, en est réduit à l’autophagie, comme un estomac tellement performant et inclusif qu’il finirait par se digérer lui-même. »(Extrait de la préface)