" Ô mon fils ! Quand ta santé te trahit du jour au lendemain, et que tu deviens étrangère parmi les tiens, peut-on quand même espérer vieillir et mourir avec dignité enfin ? "Victime de mauvaises chutes, Lalla Zhor ne parvenait plus à bouger. Alitée, elle avait perdu le contrôle de ses forces : doigts ankylosés, jambes raides et facultés mentales affectées. Pourtant, elle n'avait jamais lâché. Elle se débattait encore et toujours contre le froid étrange de son corps, le vide insondable de son espace exigu, l'insignifiance de sa nouvelle existence et le sourire trompeur et réducteur de ses visiteurs. Lalla Zhor murmurait, balbutiait, mais personne ne la comprenait. Les silhouettes aux blouses blanches pensaient qu'elle hallucinait, mais non, elle voulait leur confier, en ce dernier jour, un appel qu'elle avait reçu de l'au-delà. Mais dans sa petite bouche sèche, aux contours ridés, les mots et les sons s'affaiblissaient avant de s'éteindre à jamais, étranglés dans sa gorge. Recevra-t-elle mes prières tardives ? Me pardonnera-t-elle mes longues absences ?