1956-1968. Un mauvais départ ?
Crise du Nord - jihad, séparatisme -, enclavement, détérioration des relations avec la France... Le Mali est aujourd'hui plongé dans une crise profonde. Or, les questions à l'origine de cette crise étaient déjà toutes posées en 1960, alors que naquit la première République du Mali. C'est donc bien la situation actuelle du Mali que Un mauvais départ ? Une histoire de la première République du Mali - ouvrage ainsi titré en référence au célèbre essai de René Dumont (1962) L'Afrique noire est mal partie - se propose d'éclairer. Les fondateurs de la première République du Mali voulaient innover en instaurant un régime original qui se distinguerait de ses voisins. Affirmant haut et fort la souveraineté du pays, ils optèrent pour le socialisme et s'affranchirent du franc CFA. Des choix qui se traduisirent aussi dans leurs options diplomatiques, résolument tournées vers le non-alignement et une coopération étroite avec l'URSS et la Chine : refusant le modèle démocratique parlementaire occidental, le régime se tournait vers celui des pays du bloc de l'Est. Parallèlement, la société devait être transformée en profondeur - encadrement de la jeunesse, collectivisation des campagnes -, tâche immense qui se heurta à des résistances dont le régime n'avait pas mesuré la puissance, a fortiori dans un environnement international défavorable. L'expérience de la première République malienne s'inscrit dans la Guerre froide, dont l'Afrique fut un théâtre souvent négligé, tant par les historiens que dans la querelle idéologique opposant Soviétiques et Chinois pour le leadership du tiers monde. En dépit des espérances qu'il avait soulevées à ses débuts, le régime, incarné par son leader charismatique Modibo Keita, s'est progressivement éloigné des Maliens - divorce qui explique le peu de résistances suscitées par sa disparition à la suite d'un coup d'Etat. Ce sont les raisons de cet échec que ce livre cherche à analyser.