L’archipel des Comores est marqué par la partition de son territoire entre l’Union des Comores, qui ont déclaré leur indépendance au lendemain du référendum de 1974, et l’ile de Mayotte, devenue département français en 2011. Dans L’Odeur de Mayotte, Patricia Janody rendait compte du travail du symptôme dans ce contexte spéci?que, ainsi que des retours d’histoire colo-niale que sa pratique engageait dans sa propre histoire. Avec Le sort des enchaînés, elle en écrit la suite depuis les collaborations qu’elle engage du côté des Comores indé-pendantes. Plusieurs dispositifs transférentiels sont mis en place avec ses collègues de l’ile de Ndzouani, ainsi qu’un travail collectif autour de la situation récurrente des enchaînés pour folie. Les désenchaînements sont réputés impossibles, du moins tant qu’on en reste au symbole fétichisé du geste pinélien qui a inauguré le mythe de la psychiatrie. Un lent et minutieux travail d’équipe en vient en revanche à mobiliser ces chaines, entre ceux qui les reçoivent dans leur chair et les nœuds de société qui les supportent. Ainsi se sont réalisés, pas à pas, le désenchaînement d’Eli en 2023, puis celui de Moueric en 2024. Les pratiques transférentielles nous enseignent à nous déplacer au sein même de ce qui paraissait ?gé. Patricia Janody exerce la psychiatrie et la psychanalyse. Derniers ouvrages parus L’Odeur de Mayotte. Une clinique des frontières (Epel 2022) ; Les maux/les mots n’appartiennent à personne, en coécriture avec Mohamed Anssoufouddine (Komedit 2023) ; Chroniques psychanalytiques (Eres 2024).