ESSAI D’HERMENEUTIQUE
Voici quelques temps déjà que l’auteur porte un intérêt particulier à ce monde merveilleux mais très atypique qu’est le conte. En effet, avant que l’Afrique ne soit envahie par les transistors et autres médias des réseaux sociaux, les soirées de jeunes étaient occupées par la déclamation des contes, fables, proverbes et autres dictons. Ce qui constituait une base intrinsèque solide d’initiation à la vie. Ce temps semble, hélas, actuellement bien révolu !Sans vouloir émettre un doute quelconque sur les qualités intrinsèques de ce genre littéraire (car d’après lui, il s’agit bien là d’un genre littéraire à part entière), il lui semble cependant réaliste de reconnaître que, contrairement à laProse, à la Nouvelle et autre Bande Dessinée, le conte et la poésie portent en eux une exigence toute spécifique : pour qu’ils soient bien appréhendés, ils obligent tous ceux qui s’y frottent à les soumettre à une herméneutique permanente. Et cela afin d’en saisir le sens profond.Car, le conte est un récit initiatique qui sollicite une attention constante, une gymnastique intellectuelle. Il est aussi un enseignement imagé d’où doivent être induits des symboles à idées complexes ignorant toute lassitude. Il est encore uneapproche mystique et philosophique, une poésie délicate et un passe-temps délectable. Il est aussi et surtout une démarche nécessitant une connaissance des lois sociales et psychologiques, des lois de la nature et des ancêtres. Comme on peut l’imaginer, une telle démarche vise volontairement à maintenir une distance, un voile entre le maître et l’élève, entre le dieu et l’homme, entre le savoir et ses différentes approches imparfaites. Le conte est enfin une pédagogie experte dont on doit tirer une théorie ; « s’y superposent savamment toute une éthique, tant sociale que personnelle, une typologie originale de caractères ou tempéraments, une initiation au langage symbolique des esprits de la nature ; enfin, en contre-point, la constante référence à une cosmogonie ésotérique, accessible aux seuls « mentons velus et talons rugueux », (qui) nous fait entrevoir ces « réalités supérieures » dont l’importance échappe au commun des hommes », d’après Amadou Hampate Bâ. Ce qui conduit inexorablement ce dernier à conclure qu’ « en Afrique ‘le bel agir’ et legrand savoir sont inséparables du beau langage ».