La production narrative de l’abbaye de Marmoutier (fin XI? siècle-début XIII? siècle)
Si Martin a bénéficié au XIIe siècle d’une intense production hagiographique issue de la collégiale Saint- Martin de Tours, il a également été mis à l’honneur par l’abbaye de Marmoutier, dépositaire de sa cellule. Les oeuvres narratives du Monastère Majeur sont toutefois plus diversifiées : écrits polémiques (Dédicace de l’abbatiale par le pape Urbain II, Récit des persécutions subies par le monastère), récits historiographiques (Éloge de la province de Tours comprenant une histoire de Marmoutier, Gestes des abbés), sources hagiographiques (Recueil de miracles survenus dans le monastère et Miracle de délivrance du purgatoire de l’âme du comte de Blois, restaurateur de l’abbaye). Ces récits, entre histoire et légende, révèlent l’épopée du monastère, les besoins et les intérêts des moines entre le XIe et le XIIIe siècle, les mentalités religieuses du temps, et permettent de recouper les données archéologiques, puisque constructions narratives et reconstructions architecturales vont de pair (chapelle des Sept-Dormants, cellule du Repos, etc.). Ces oeuvres monastiques éclairent aussi l’étroite complémentarité qui existe avec la collégiale, témoignant d’une forme nouvelle de communion urbaine autour de son saint patron. Enfin, la remarquable présentation de la Touraine propose une description de son paysage, de sa richesse agricole et commerciale, sans omettre ses habitants, tant hommes que femmes. Aux dires du chroniqueur, la beauté des Tourangelles aurait sans doute éveillé de sombres désirs masculins, si le lys de la chasteté n’était venu parer ces aimables dames !