L’histoire de la « lettre de Herman » retrouvée enterré à Auschwitz-Birkenau
En février 1945, le vaste complexe d’Auschwitz-Birkenau vient d’être libéré par les Soviétiques. Envoyé sur place, comme d’autres soignants, par la Croix-Rouge polonaise, un étudiant en médecine y découvre une bouteille contenant plusieurs feuilles enroulées. C’est une lettre en français, qu’un déporté a adressée à son épouse et à sa fille. Il savait sa fin proche. Il faisait partie des sonderkommandos, ces brigades de détenus juifs chargés par les nazis du maintien de l’ordre à l’entrée des chambres à gaz puis de l’évacuation des corps pour les brûler. Pour les nazis, aucun de ces témoins directs ne devait survivre.La lettre est signée « Herman ». Elle a été retranscrite et est devenue un document important pour les historiens. Mais pendant 73 ans on a ignoré ce que le manuscrit original était devenu.En 2018, une série de circonstances a permis de trouver la famille de Herman. La lettre lui avait été remise après la guerre. « Herman » était le prénom usuel de Hersz Strasfogel, un Polonais juif arrivé en France en 1929. Mais faute de l’avoir su, les historiens l’avaient attribuée à un déporté nommé Chaïm Hermann, dont la famille était introuvable. L’auteur exact et le manuscrit d’origine sont ainsi remontés à la surface… Et l’on sait aujourd’hui que Hersz Strasfogel et Chaïm Hermann, tous deux juifs et polonais, travaillaient dans le même arrondissement parisien, ont été raflés le même jour, ont partagé la même chambrée à Drancy, puis le même convoi vers Auschwitz.Tout, à vrai dire, à propos de cette lettre, donne à réfléchir. Son itinéraire. Les transcriptions qui circulaient depuis la guerre. La « trouvaille » d’une archiviste en 2018. Et le texte lui-même, poignant.Cette édition critique, dirigée par Karen Taieb et Géraldine Muhlmann, est le premier ouvrage consacré entièrement à la lettre de Hersz-Herman Strasfogel – dont le manuscrit est reproduit.Tal Bruttmann, historien d’Auschwitz, apporte ici de précieux éclairages. Et les petits-enfants de Hersz-Herman Strasfogel, Béatrice et Laurent Muntlak, racontent le choc d’apprendre qu’ils détenaient l’original d’une lettre aussi importante.