« C'est la première fois qu'une entreprise française est mise en examen et va être jugée pour "financement d'entreprise terroriste"... L'enjeu de ce procès n'est pas d'évaluer à quel point le capitalisme n'en a rien à foutre de rien, ou si les "valeurs" autoproclamées des grandes entreprises se résument en fait à un seul mot qui est "profit", ou même si celles-ci peuvent s'accommoder des projets politiques les plus atroces : ça, on le sait depuis Krupp et Thyssen, ou même depuis la Compagnie des Indes. L'enjeu est plutôt de déterminer dans quelle mesure l'affaire Lafarge est le symptôme, l'illustration et le signe avant-coureur d'un système peut-être entré dans sa phase terminale qui serait le suicide. »Laurent Binet a suivi le procès Lafarge, cette multinationale accusée d'avoir payé l'État islamique pour pouvoir continuer à faire tourner son usine de ciment en Syrie. De cette plongée au coeur d'une des affaires les plus sidérantes de notre temps, il tire un compte rendu tragi-comique où, derrière les cadres en col blanc qui luttent pour échapper à la prison, se dessine le profil d'un capitalisme mondialisé que des stratégies de plus en plus aventureuses au service d'objectifs discutables mènent inexorablement au bord de l'abîme et de la folie.