Une recréation raisonnée
Raymond Queneau eut un jour une idée bizarre : composer dix sonnets, les découper vers à vers en fines languettes, enfin, choisissant au hasard un premier vers chez l'un, un deuxième chez l'autre, et ainsi jusqu'au quatorzième et dernier, fabriquer un nombre considérable de poèmes recombinés. Cent mille milliards de poèmes fut publié en 1961. Cinquante ans après sa mort, les membres de l'Oulipo s'emparent du livre. Cette fois, ils chassent l'aléatoire et, pour recréer "leurs" poèmes, s'imposent des contraintes. Elles sont de toute nature : un poème ne parle que d'aliments, un autre seulement d'animaux, d'émotion ou d'instant fatal ; l'un est composé avec le plus de verbes possibles, un autre de noms communs, ou de termes au féminin ; parfois, tous les vers sont à l'imparfait, ou à l'infinitif, ou commencent par la même lettre... Drôles, loufoques, inattendus, irrévérencieux parfois, ces poèmes sont un hommage à la créativité que permet la contrainte. Et un appel à se prêter soi-même au jeu : car le poème n° 100 reste à écrire... En annexes on trouvera : des notices sur les contraintes employées pour créer les poèmes ; le "Mode d'emploi" et les "Sonnets-base" de Raymond Queneau ; "À propos de la littérature expérimentale" par François Le Lionnais ; des photographies et archives du livre original.