Le paysage comme avis de passageQuel monde allons-nous habiter ? Deux cents ans après le Point de vue du Gras de Nicéphore Niépce, quelque chose s’est retourné dans notre rapport au paysage. Autrefois évasion, horizon et promesse de voyage, il est aussi devenu angoisse, enfermement et danger. Forêts calcinées, mers qui montent, territoires transformés : continuer à produire des cartes postales, c’est aussi une opinion.C’est précisément ce que ce numéro explore. Objet politique, espace vécu, milieu fragile, le paysage porte les traces de nos mutations, fractures et évolutions. À l’heure du Bicentenaire, nous parcourons deux cents ans de transformation du territoire, de la première héliographie aux mondes virtuels générés par intelligence artificielle.Ces mondes en mutation traversent aussi les portfolios de Vincent Catala, Antoine De Winter, Dana Cojbuc, Zhang Wenxin, Fred Mortagne, Lucas Troadec, David de Beyter et Mélanie Courtinat. Nous plongeons ensuite dans les backrooms, où l’imaginaire façonne la peur, puis dans les mondes immersifs et vidéoludiques, qui proposent d’explorer et de regarder autrement le réel.Face à l’urgence climatique, la librairie prolonge enfin cette réflexion avec trois photographes qui inventent de nouvelles écritures visuelles où la nature devient à la fois sujet, matière et récit. Alors, quel monde allons-nous habiter ? Celui que nous accepterons de regarder en face. Car le paysage n’est plus une vue. C’est un avis de passage. Et il nous est adressé.