Dans ce pays qui ne mérite peut-être plus d'être appelé par Allah au travers du chant du muezzin, deux voix luttent. D'abord, la voix d'une vivante. Otage d'un arrachement historique, elle a été privée de Dieu et des hommes de sa communauté. Élevée dans un monde qui lui a appris à souhaiter la disparition de ses frères, à condamner leurs révoltes et à redouter la marque noire de la prosternation sur leur front, elle se débat entre leur existence érigée en menace et la nostalgie fantasmée des siens et du pays d'avant. Ensuite, la voix très vivante d'une morte, celle de Jedda, qui hurle Allahu akbar, affirme la nécessité de retrouver ce frère déshumanisé et de s'entre-appartenir, quel qu'en soit le prix, dans la lutte pour notre dignité. Car elle le répète, "entre nous, le sang ne deviendra jamais de l'eau" et la lutte politique ne s'établira qu'à l'aune d'un retour vers Dieu.