Treatment in progress...

La ville nécessaire

Carraud Christophe, Tonon Graziella
Publication date 22/01/2027
EAN: 9791097497941
Availability Not yet published: 22/01/2027
Le livre de Graziella Tonon, publié en Italie en 2013, et augmenté d’une préface de 2025 rédigée pour l’édition française, part d’une question très directe et apparemment simple : dans quel état se trouve aujourd’hui la ville ? L’évolution de celle-c... See full description
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Common books attribute
PublisherCONFERENCE
Page Count256
Languagefr
AuthorCarraud Christophe, Tonon Graziella
FormatPaperback / softback
Product typeBook
Publication date22/01/2027
Weight300 g
Dimensions (thickness x width x height)2.00 x 13.30 x 20.00 cm
Le livre de Graziella Tonon, publié en Italie en 2013, et augmenté d’une préface de 2025 rédigée pour l’édition française, part d’une question très directe et apparemment simple : dans quel état se trouve aujourd’hui la ville ? L’évolution de celle-ci depuis deux siècles semble rappeler ce que Georges Steiner, évoquant le fondement premier de l’épopée homérique, appelait « l’un des plus grands désastres que l’homme puisse subir?: la destruction d’une ville ». Car si « une ville est la somme extérieure de la noblesse de l’homme » et qu’« en elle, sa condition est humanisée de la façon la plus profonde », c’est ce refuge humain qui a été progressivement défait, affectant la possibilité même du bonheur de vivre. À quoi tiennent ces « désastres urbains » ? Pourquoi « la ville est-elle mourante » (voir G. Tonon, p. 18 ).Depuis trop longtemps, « le principe régissant les structures physiques et fonctionnelles » est devenu « la rentabilité des investissements et la réduction de toute chose à sa valeur d’échange, y compris les organismes vivants et leurs espaces », ce qui « explique aussi bien l’acharnement contre les règles de la vie commune que les outrages infligés à la beauté des paysages à laquelle, pendant des siècles, l’existence humaine s’est identifiée ». La qualité de la vie et de son habitat, et la ville en particulier, sont gravement atteints. « Non seulement les situations inhumaines des slums et des favellas le démontrent dans les métropoles monstrueuses du sous-développement, mais aussi la réduction progressive de l’urbanité dans les territoires de l’opulence ».Les architectes et les urbanistes ne sont évidemment pas exempts de responsabilité. Plus d’un parmi eux en est venu à trouver le chaos sublime, le monstrueux fascinant, l’informe séduisant, l’organique dépassé, les rues et les places historiques obsolètes et dépourvues de sens. Mais avant même ce « stade ultime » de l’abandon de l’idée et de la réalité de la ville, il y avait eu, prenant progressivement le contrôle de l’ensemble des aménagements urbains à partir de l’entre-deux guerres, les théorisations impérieuses et les pratiques du Mouvement moderne, et, singulièrement, des architectes rationalistes. Dès les années 30, « les architectes rationalistes n’écoutent pas la ville. Ils se croient prophètes. Ils définissent leurs projets comme des présages. Ce sont des fondamentalistes. Ils clouent au pilori qui ne pense pas comme eux. Ils ont la prétention de croire que seuls l’architecture et l’urbanisme modernes sont capables de satisfaire les besoins du peuple et de favoriser le renouveau politique et moral contre les égoïsmes et les intérêts privés. » Cette sorte de diktat progressivement dominant a fait des ravages. Il y eut certes de beaux bâtiments : mais rien, ou si peu, qui ait su continuer d’animer la vie de la ville.On a beau appeler « centre » les banlieues métropolitaines et « ville » leur spatialité décomposée, la réalité est tout autre : dans cette nouvelle réalité qui s’impose, ce qui domine, ce sont les environnements inhospitaliers, dépourvus de beauté, qui ne tiennent ni sur le plan écologique, ni sur le plan social. Les solutions à envisager existent, mais elles sont aujourd’hui difficiles à faire adopter à proportion de ce qu’elles exigent : car d’une part elles se heurtent à des intérêts puissants et des habitudes politiques fortement enracinées, ainsi qu’à l’accoutumance progressivement indurée des modes de déplacement modernes, et de l’autre elles sont d’un ordre profond supposant une tout autre orientation de l’esprit : « Aux théorisations de la dissolution de l’urbain au nom de la modernité technologique, il faut répondre par la réinvention de l’urbanitas au nom de la civilisation qui a grandi en son sein et à l’écoute du langage ancien du corps. » La « ville nécessaire » exige aujourd’hui un changement radical de manière de penser et d’agir. C’est en cela que l’école du passé et de la mesure même peuvent avoir valeur révolutionnaire : « Comme tant d’autres fois dans l’histoire, le ­passé peut servir de maître et montrer le chemin pour sortir des impasses où la modernité s’est embourbée. En un mot : défendre les villes et les campagnes quand elles existent encore et, quand elles ont disparu, chercher, par des interventions minutieuses de restructuration, à les réinventer. »L’un des grands mérites du livre de Graziella Tonon est de fonder l’ensemble de ses développements théoriques et critiques sur l’analyse de cas précis de transformations urbaines, à commencer par de nombreux plans d’urbanisme de la ville de Milan des années 30 aux années 1970. À cet égard, son ouvrage, volontairement concis et polémique, ravive les constats de vastes sommes encyclopédiques comme celles de Gustavo Giovannoni ou de Giuseppe De Finetti. C’est là que le travail de refondation peut commencer.