Violence et criminalité dans l’Eure et la Seine-Inférieure au XIXe siècle
Cet essai s’intéresse au parcours des femmes dans l’histoire et le système judiciaire des cours d’assises en Normandie au XIXe siècle. C’est au travers des différents documents issus des dossiers des cours d’assises de la Seine-Inférieure et de l’Eure, ainsi que du Journal de Rouen, que nous explorerons les causes, le contexte, les circonstances et le profil des protagonistes.La criminalité féminine est marginale, ancrée dans un paradigme genré et sexué, où les femmes accusées seraient avant tout impliquées dans des crimes supposés féminins : avortement, infanticide, empoisonnement, sans oublier l’adultère et le vitriolage. Sa dualité, la figure de la victime, est trop souvent invisibilisée dans les études au profit de l’accusé(e). Afin de redonner voix à ces femmes et tenter de comprendre comment elles en viennent à commettre ou à être impliquées dans tel ou tel crime, nous étudierons aussi bien les crimes se déroulant dans la sphère familiale, milieu d’apparence protecteur, mais dont la violence est chronique, que les violences extra-familiales. Il est indispensable de s’intéresser à ces deux contextes. En effet, le crime familial est le plus mal connu, le moins étudié, car soumis à l’autocensure, au tabou, et par conséquent au phénomène du chiffre noir. La parole y est difficilement perceptible dans les documents d’assises, et plus encore dans le fait divers, où le style littéraire est avant tout centré sur l’émotion et le sensationnel, faisant fi des réalités judiciaires.