Une histoire de l’Ariège, c’est une gageure. L’Ariège n’existait pas avant 1790. À cette date, on a pris une petite province -le pays de Foix- et on y a ajouté des morceaux de Languedoc et de Gascogne pour faire un département convenable. Le résultat est un département artificiel qui semble n’avoir aucun passé historique ni administratif commun. Ce n’est pourtant pas tout à fait vrai. Avant les six siècles de destins divergents, les terres « ariégeoises » relevaient d’un même comte ; et avant cela, elles relevaient de mêmes empires et de mêmes royaumes. Plus loin encore dans le temps, elles appartenaient toutes à un ensemble pyrénéen dont le souvenir diffus a survécu dans les pratiques communautaires, dans les croyances et même dans les réminiscences d’une langue oubliée…Mais surtout, l’Ariège existe maintenant. Plus de deux cents ans d’un destin commun ont forgé une identité profonde. Être ariégeois aujourd’hui, c’est appartenir à la terre d’Ariège, une réalité ancrée dans l’histoire de toutes ses composantes mêlées; chacun de ses habitants compte désormais dans son patrimoine le château de Foix, les couverts de Mirepoix et le cloître de Saint-Lizier sans se demander de quelle autorité ils relevaient au temps où on les a bâtis et, si les circonscriptions infra-départementales nées de la Révolution ont quelque peu perpétué deux siècles encore les limites des anciennes provinces, les découpages actuels priorisant les critères démographiques et économiques les ont fait disparaître au sein de l’entité « ariégeoise ».