Pratiques enseignantes dans une école démocratisée
Comment expliquer que Camille ou Marlène, deux enseignantes qui exercent dans des quartiers populaires, parviennent à développer des pratiques manifestement favorables à l'ensemble de leurs élèves, se démarquant de l'inégalité structurelle qui caractérise le système scolaire français ? L'ouvrage tente de répondre à cette question en examinant certains traits spécifiques de leurs pratiques à travers une série de cas soigneusement analysés, étayés par l'observation durant plus de cinq cents heures de plus de cent-vingt enseignantes et par une série de travaux antérieurs sur la construction des inégalités d'apprentissage. Plusieurs équilibres de dégagent, que ces « funambules » s'efforcent de maintenir : entre le temps infiniment étiré des apprentissages et l'immédiateté de l'instant dans la classe ; entre la reconnaissance des histoires particulières de chacun et l'inclusion de tous dans un groupe d'élèves ; entre l'implicite inhérent aux situations de communication et la nécessité de faire comprendre à qui ne connait pas. L'ouvrage montre que le rythme impulsé par les enseignantes et contrôlé par des échanges de signes leur permet de régler ces équilibres, de faire monter avec elles les enfants sur le fil, développant des boucles d'apprentissage successives. Leurs pratiques, évoluant au fil de leur expérience et des obstacles qu'elles rencontrent, apparaissent alors moins comme de « bonnes pratiques » figées que comme une matière vivante, à la fois solide et fragile. L'encouragement du développement du funambulisme et sa préservation à tout prix ne seraient-ils pas une voie privilégiée pour faire évoluer le système éducatif vers plus de justice ?