Un Jean de la Croix français ?
En 1636 mourait au couvent des grands carmes de Rennes un religieux à l'itinéraire peu commun : bien qu'il fût quasi aveugle depuis son enfance, Jean du Moulin a bénéficié d'une solide instruction et fut reçu dans l'ordre du carmel sous le nom de Jean de Saint-Samson. Quoiqu'il fût frère laïc, un statut secondaire dans la communauté, il a été considéré comme un maître spirituel de premier plan, d'abord pour ses frères de la province carme de Touraine (qui couvrait tout l'Ouest de la France). À sa mort, le religieux mystique laissait plusieurs milliers de pages manuscrites, textes spirituels ou poésies, copiées sous la dictée. Quelques années plus tard, les deux gros volumes de ses oeuvres spirituelles et mystiques publiées par son confrère Donatien de Saint-Nicolas deviendraient une référence pour tout l'ordre du carmel, jusqu'en Flandres ou en Italie. À l'évidence, l'homme et l'oeuvre méritent aujourd'hui d'être examinés d'un oeil neuf, en associant les regards de diverses disciplines – histoire, littérature, théologie, histoire de l'art – et en tirant parti du fonds exceptionnel conservé aux archives départementales d'Ille-et-Vilaine, tant de ces manuscrits que de documents conventuels. Pour la première fois, cet ouvrage examine l'ensemble des dimensions de Jean de Saint-Samson, en particulier ses écrits poétiques largement inédits, qui seront une révélation pour beaucoup. Si le parallèle avec Jean de la Croix a parfois pu être tenté, il faut pourtant convenir que l'aura du religieux rennais a pâli, jusque dans son ordre, dès la fin du XVIIe siècle : Jean de Saint-Samson prenant sa part du discrédit porté alors sur la voie mystique et témoignant par-là d'un tournant majeur dans l'histoire de la spiritualité catholique.