Pour un modèle de l’expressivité linguistique
Pépite de pop culture linguistique, ce livre offre une théorie du pouvoir expressif de la langue.Que se passe-t-il quand on s’écrie wow et fuck en anglais, putain et mais non ! en français ? En quoi ouch diffère-t-il de I feel pain ? Qu’y a-t-il de commun entre nos jurons, nos tabous, nos exagérations (I am dead tired) et nos métaphores (c’est un vrai cauchemar) ? En réponse à toutes ces questions, Julie Neveux, linguiste angliciste et phénoménologue, propose un modèle théorique de l’expressivité dans la langue. Le paradoxe à dénouer est le suivant : nos émotions s’expriment d’abord par notre corps ; un visage qui pâlit, une main qui tremble, un cri. Pour restituer cette intensité vécue, surtout en l’absence de nos corps, pour que nos écrits se chargent de faire percevoir nos émotions passées, la langue bouge, casse le linéaire, surprend nos attentes – révélant nos contraintes, nos limites, notre condition humaine. C’est pourquoi la fiction offre un espace si précieux pour exercer notre empathie. Dans ce modèle dynamique, où la langue est vue comme une pratique incarnée et collective, trois grands mouvements sont identifiés : interjeter (flûte !, fuck !), augmenter (vite vite vite,youpiiiii) et désaligner (he’s a true angel). L’expressivité, phénomène intersubjectif, est au centre de nos vies ordinaires, pratiques et littéraires ; elle fait bouger les signes et incarne. Véritable pépite de théorisation pointue et de pop culture linguistique, qui puise dans un corpus de séries contemporaines anglophones, ce livre est à mettre entre les mains de toutes celles et ceux qui s’intéressent au pouvoir expressif de la langue. Maitresse de conférences HDR en linguistique anglaise à Sorbonne Université, Julie Neveux travaille sur l’expressivité, dans une approche énactive. Elle a publié, entre autres, John Donne, le sentiment dans la langue (2013), Le Langage de l’amour (2022), et Avec la langue (2026). Ex-chroniqueuse à France Inter et membre des Linguistes atterrées, elle chronique aussi pour Libération.