Une histoire
Un adolescent vit dans une chambre-remise, à l’écart d’une famille modeste et découvre les livres, la présence matérielle et sensuelle de leurs couvertures. Ils ouvrent le chemin imprévisible et vertigineux de la vie dont les chapitres s’affichent comme ces photographies prises et reprises dans la mémoire. Ainsi s’inaugure, par une sorte de grâce, l’adolescence : terminée et néanmoins interminable, elle nomme cet âge sans durée qui affole le temps en en faisant lire et relire les pages.Ni fin de l’enfance, ni commencement de la vie d’adulte, l’adolescence, ses passages et ses vertiges, condense l’expérience de l’existence comme l’expérience d’une essentielle métamorphose : « il s’agissait pour lui de fuir, de sortir de cette chambre, de la quitter comme on descend d’un train (mais quitte-t-on jamais, descend-on jamais de ce qui nous porte et supporte ?). »Se déploie ainsi une profonde « déambulation rêveuse », au cours de laquelle s’éclaire la façon dont l’existence accède à son histoire. Une autre manière d’écrire alors s’impose, qui laisse s’exprimer dans sa nécessité la philosophie elle-même, à l’écart de toute forme instituée.