On peut éprouver une forme de perte. Un vieux vélo rouillé, une route de vacances, une usine aujourd’hui fermée qui était derrière la maison, une fête de village… Ces choses-là ont-elles réellement disparu ? Ont-elles seulement changé, sans que le temps long ne nous ait permis d’en voir l’évolution ? Ne serait-ce pas tout simplement l’infidélité de la mémoire qui est ici à l’oeuvre ? Ensuite, les changements bien réels d’un monde dont nous percevons tous que les limites sont atteintes. Des espèces disparaissent, les soubresauts provoqués par les évolutions climatiques, les craquements perceptibles d’organisations humaines à bout de souffle, peut-être même proches du précipice. Cela n’a rien d’intime, nous en faisons tous le constat amer. Cet oiseau, ce papillon, cette plante dont je garde un souvenir vif , sa disparition toutes choses donc bien réelles. Ce ressenti a peut-être, après tout, quelque chose d’universel ?