Un soir de 1935 au Dôme, Alberto Giacometti fut attiré par la beauté d’une femme longue et mince. Elle lui faisait face quand il entra dans le café. Elle avait levé la tête, peut-être parce qu’elle s’était sentie regardée. Elle revint les jours suivants. Lui la regardait comme il l’avait regardée le premier soir, intensément et à distance. Il se passa une semaine avant qu’il osât l’aborder. A Genève pendant la guerre, le souvenir d’Isabel hante Giacometti. Ce récit raconte l’invention dans une chambre d’hôtel transformée en atelier de la Figurine sur socle, un plâtre de trois centimètres. «?La figure c’est vous?» lui écrit-il en 1945. Elle m’a dès, que je l’ai vue, attirée dans son espace, transportée sur une scène où j’étais la chambre, le sculpteur et l’apparition. L’étendue et la figure. Rien n’eût été possible sans la découverte de photographies d’Alberto Giacometti modelant à l’hôtel de Rive?: douze clichés d’Éli Lotar. Je n’ai pas écrit avec ces vues sous les yeux, mais avec leur souvenir, liant l’espace de la chambre à des paysages souvent évoqués dans les Écrits, des lieux où, quand le jour se lève, l’écart entre les êtres, entre les choses, grandit. (A.M.)Quatre photographies d’Eli Lotar ouvrent le récit d’Anne Maurel.