Clint Eastwood est entré dans notre existence par la petite fenêtre du grand écran au milieu du vingtième siècle. D’abord acteur, il est devenu réalisateur. De 1971 aux années 2020, quarante longs métrages sont sortis de sa féconde caméra. Tous ces films n’ont pas tutoyé les hauteurs du septième art. Beaucoup ont néanmoins atteint une altitude fort honorable. Certains sont même des sommets de la création audiovisuelle, tant par leur virtuosité esthétique et dramatique que par leur intérêt thématique. Orson Welles en personne l’a reconnu. « Eastwood est l’un des metteurs en scène les plus sous-estimés de notre temps.» Clint Eastwood fait pourtant l’objet d’un vieux procès en pauvreté intellectuelle qui nous poursuit et nous incite à considérer, envers et contre tout, qu’il n’est pas tout à fait digne de pareils éloges. Nous serions en présence d’un moins que rien qui a l’étonnante qualité d’avoir réussi en tout. Il faut certes dire bravo au personnage de fiction qui a su attirer des millions de spectateurs dans les salles obscures, mais crier haro sur une personnalité fondamentalement répulsive. Eastwood serait en effet le protecteur d’une Amérique désespérément conservatrice, voire lamentablement réactionnaire dont ses œuvres témoigneraient. Mais est-ce vraiment le cas ? Cet ouvrage se propose de revoir ses films pour faire toute la lumière sur cet apparent paradoxe, pour faire jaillir une vérité qui réconciliera l’œuvre et ses critiques. Elle dit en effet qu’on a tort de considérer Eastwood comme le meilleur porte-flingue de l’Oncle Sam. En réalité, il en est le premier flingueur. Son Amérique n’est pas celle de l’Aigle impérial mais celle de Charlie « Bird » Parker. Loin de marcher au son du clairon, elle vole au rythme improvisé du Jazzman, sans jamais se soucier des cages de la pensée correcte. On comprend mieux dès lors la réaction de John Wayne, porte-drapeau du nationalisme et du conservatisme aux États-Unis, lorsqu’il perçut enfin le véritable visage de son confrère anticonformiste : « You, kid, you’re just a goddamned anarchist !!!»