La première fois que ces paroles ont résonné dans mes oreilles, c’était un jour d’été, lors d’une homélie. L’homme qui venait de les prononcer n’en était pas l’auteur : il n’était que passeur, comme je le suis aujourd’hui. Ces quelques mots, il les avait entendus des lèvres d’une vieille dame qui racontait comment, lors du débarquement de Normandie, au cœur de l’incertitude de la guerre et de la terreur des bombardements, elle, jeune enfant, sous la menace des bombes alliées et allemandes confondues, cueillait des marguerites dans les prés pour en faire des bouquets.Instant magique.Autant dire que la suite de l’homélie est restée un souvenir flou dans ma mémoire... On peut s’extasier devant une œuvre d’art, en écoutant une musique immortelle, devant un beau paysage, face à une tendre attention... Mais on peut aussi ressentir cette même étincelle d’éternité incarnée avec les mots. Oui, les mots : ils nous précèdent et nous succéderont, ils passent de génération en génération, ils naissent et se transforment, déclinent et réapparaissent autrement, ils fluctuent et dansent, ils aiment et détestent, ils font du bien mais peuvent hélas faire aussi très mal. Ils portent le poids de l’humanité qui nous a précédé et la promesse de l’humanité en devenir.