Au 18e siècle, avant et surtout après La nouvelle Héloïse, des dizaines de romans ont été écrits, publiés et lus en Suisse romande. Même s'ils ne sont pas tous aussi connus aujourd'hui que le bestseller de Jean-Jacques Rousseau, ces romans de l'âge des Lumières ont contribué à fixer une certaine représentation du pays et des manières de s'y sentir. Les modèles de l'âge d'or, du paradis, de l'utopie ou encore de la pastorale, du roman de formation et d'aventure, voire de l'épopée fournissent une riche matière que ces écrivains avaient beau jeu de s'approprier. Les uns pour participer avec conviction à l'élaboration d'une imagerie nationale devenue désirable ou même nécessaire aux temps incertains des révolutions, d'autres pour en montrer en creux tout l'artifice. Revisiter ce corpus permet de voir et comprendre comment s'y est cristallisé l'essentiel de ce qui a très solidement subsisté depuis ces temps révolus : une mythologie suisse prête à servir tous les milieux, depuis les politiques jusqu'aux publicitaires.