Le Consistoire de Lutry et la fabrique de la paix sociale aux temps de la sorcellerie (1639-1650)
On les a longtemps décrits comme une version protestante de l’Inquisition : austères, moralisateurs, implacables. Les consistoires auraient traqué les pécheurs et étouffé la vie des paroisses sous le poids de la discipline. Mais derrière cette image figée du « tribunal des mœurs », que se cache-t-il vraiment ?En s’immergeant dans les archives du Consistoire de Lutry au XVII? siècle, ce livre propose une autre lecture. Il révèle une institution bien plus nuancée : un espace de dialogue et de médiation, où se négocient les fautes, les conflits et les fragiles équilibres d’une communauté réformée. À travers ces voix venues du passé, rendues accessibles grâce à la transcription inédite d’une partie du registre original, c’est tout un monde qui renaît : celui d’hommes et de femmes tiraillés entre foi, peur, recherche du salut et envies bien terrestres : boire un verre de trop, négliger la prédication, jurer un peu trop fort.Dans un Pays de Vaud encore hanté par la menace de la sorcellerie, le consistoire devient le miroir d’une société en tension, partagée entre l’ordre moral et les angoisses collectives. Plus qu’un tribunal, il apparaît ici comme un lieu d’écoute, de pouvoir et de croyance, un observatoire unique de la vie quotidienne à l’époque moderne.