Devenues des signes, certaines montagnes représentent plus que leursimple présence dans l'espace. Le mont Fuji, dans l'oeuvre d'Hokusai,apparaît ainsi comme un motif fixe autour duquel le monde varie.La montagne Sainte-Victoire occupe, chez Paul Cézanne, une placecomparable, non comme simple sujet, mais comme forme interrogéeet reconstruite d'oeuvre en oeuvre, jusqu'à devenir l'un des lieux oùse joue la peinture elle-même. Les saisons, les activités humaines, les distances et les métamorphoses de la lumière en modulent sans cesse la présence, tantôt immense, tantôt lointaine, parfois presque effacée. De même, les vues du pic Saint-Loup réunies par Thomas Verny reprennent et déplacent le motif, tout en révélant son inépuisable diversité.Autour du pic Saint-Loup se déploie tout un monde, la vallée de la Buèges, le ravin des Arcs, le château de Montferrand,l'Hortus ou encore le Rocher du Causse. Dans un ensemble qui est à la fois vaste et divers, Thomas Verny recommence avec chaque vue l'expérience du regard. Le pic y joue le rôle d'un point d'appel, mais n'épuise jamais le paysage. Il l'aimante. L'ouvrage témoigne ainsi d'une fidélitépatiente à un motif, mais aussi d'une liberté, celle de faire d'un territoire familier un espace inépuisable de peinture.