La croix-Rouge, le Congo et la colonisation philanthropique
Assistant social, militant anti-apartheid, délégué du CICR de 1968 à 2004, témoin direct de l'indépendance des dernières colonies portugaises, ce sont ces quatre regards qui ont guidé Thierry Germond dans sa recherche sur l'engagement de Gustave Moynier, président-fondateur du Comité international de la Croix-Rouge, pour la cause de l'État indépendant du Congo et de son Roi-Souverain, Léopold II.Cette étude souligne l'aveuglément d'un notable genevois, ainsi que le mutisme des acteurs et observateurs de cette fin du XIXe siècle, par rapport à ce que certains ont considéré, déjà à l'époque, comme un crime contre l'humanité.Nous sommes ici dans un récit historique non dénué de parallélisme avec une vision et une gestion contemporaine du monde. Appropriation des terres et de leurs ressources naturelles au détriment des populations autochtones, négociations diplomatiques dont sont exclus les principaux intéressés, conflits d'intérêts en cascades, qui incitent à la réflexion sur les temps présents.Le rôle de plusieurs personnalités suisses de l'époque retient l'attention, parmi lesquelles un éminent juriste lausannois et un Conseiller d'État lucernois.L'intérêt que Gustave Moynier a manifesté pour « l'oeuvre civilisatrice et philanthropique » de Léopold II s'inscrivait-il dans le cadre d'un grand dessein colonialiste et impérialiste de la Confédération suisse ? L'auteur ne le pense pas bien que l'action de Moynier, homme de son temps, ne justifiait en rien le voile de silence qui a recouvert pareil égarement pendant plus d'un siècle, probablement afin de sauver le mythe de celui qui, encore aujourd'hui, est considéré comme un grand humaniste.