De la lutte des classes à l'islam radical, la nouvelle influence trotskyste
Le nom de Chris Harman, mort en 2009, ne dit plus rien à grand monde. Pourtant, cet historien britannique est à l’origine de la profonde fracture entre les deux gauches françaises devenues irréconciliables. Membre de l’organisation trotskyste Socialist Workers Party (SWP), Chris Harman théorisait le rapprochement entre les révolutionnaires et l’islam politique.Or Les idées d’Harman prospèrent aujourd’hui dans les partis d’extrême gauche en France, à la France Insoumise, au Nouveau Parti anticapitaliste, au Parti ouvrier indépendant, et dans une moindre mesure, chez les Verts et les socialistes. Comment ces principes se sont-ils infiltrés au cœur de partis laïcs autrefois essentiellement concentrés sur la condition ouvrière ? Ian Hamel montre dans ce livre le rôle souterrain joué par les organisations trotskystes. Fortes d’assez peu de militants, elles jouent pourtant un rôle de premier plan dans certains syndicats, à l’Union syndicale Solidaires (SUD) et à Force ouvrière. Digne disciple de Chris Harman, Jean-Luc Mélenchon exalte aujourd’hui la « nouvelle France » des quartiers populaires et flatte le Coran. Qu’importe si cette stratégie engendre des contorsions sur la laïcité, comme en novembre 2019, lorsqu’ Éric Coquerel, Edwy Plenel et Mélenchon, tous anciens membres de chapelles de la nébuleuse troskyste, ont participé à la marche contre l’islamophobie aux côtés des Frères musulmans criant « Allah Akbar ». Seul le syndicat Lutte Ouvrière résiste encore à cet entrisme. Est-ce vraiment par pur opportunisme électoral, qu’une partie de la gauche privilégie cette alliance rouge-verte ? Ou bien feraient-ils d’autres calculs ? Ancien rédacteur de « Rouge », je journal de la LCR et collaborateur du magazine tiers-mondiste « Afrique-Asie », journal trotskyste, Ian Hamel a de très nombreux contacts dans les milieux d’extrême gauche. Il a notamment publié Tariq Ramadan, histoire d’une imposture (Flammarion, 2020).