Depuis quelques décennies, les grands principes régissant la production architecturale contemporaine – et notamment celle des espaces de soin comme l’hôpital – prend la forme d’un outil gestionnaire qui consacre un concept tout-puissant ?: le flux. L’impératif néolibéral de flexibilité à l’œuvre produit ainsi des formes bâties génériques, fluides et productrices de vulnérabilités pour les usager·ères des lieux dédiés à la santé.Contre cette tendance à produire des bâtiments excluants, asservissant les corps fragiles et malades, Éric de Thoisy propose une rélexion philosophique autour d’une «?architecture du soin?» faisant de la vulnérabilité des individus l’un des fondements de l’architecture contemporaine.Au fil des 28 chapitres qui composent Cosmophories, Éric de Thoisy plaide donc pour une architecture de la stabilité, productrice de signes et d’un langage qui feraient du corps malade le nouveau corps-étalon de nos sociétés. Des expérimentations architecturales et psychiatriques de l’après-guerre au Sanatorium de Paimio construit par l’architecte finlandais Alvar Aalto, en passant par le Centre de jour flottant de l’Adamant, l’auteur explore des espaces et des lieux dans lesquels le soin est constitutif de l’idée même d’architecture, et inversement.Alors que les enjeux de santé mentale sont au cœur des discours actuels, il est essentiel de réfléchir à une architecture conçue comme une forme de soin qui permettrait, pour reprendre les mots de Jean Genet, de « rester du côté des hommes ».