Essai sur le rôle des émotions dans les fondements des valeurs et de l’éthique
Les rapports entre nos émotions et la moraleNos émotions sont-elles par nature irrationnelles ? Toute la renaissance de l’intérêt philosophique pour les émotions depuis les années 1970 rejette cette idée. De nombreux auteurs vont même plus loin et soutiennent que les émotions sont susceptibles d’offrir un fondement pour la connaissance des valeurs et de l’éthique. Certes, nos émotions sont souvent excessives, insuffisantes ou hors de propos. Mais l’idée même d’excès ou d’insuffisance suppose qu’il existe une mesure pour évaluer la rationalité des émotions. Mais quelle est cette mesure ? Toute la difficulté est là. Si on veut qu’elle puisse fonder l’éthique, il faut qu’elle soit indépendante des raisons pratiques et en particulier éthiques. Bref, il faut soutenir que les émotions ont des normes propres et irréductibles, ou, autrement dit, une fonction qui permettrait de les évaluer de façon autonome. D’une certaine manière, les émotions seraient à elles seules un guide fiable pour peu qu’on les comprenne correctement. Le présent livre analyse de façon minutieuse cette hypothèse aujourd’hui dominante sous ses différentes versions pour révéler finalement les erreurs qui s’y logent. À partir de là se dessine un autre tableau. En réalité, les émotions révèlent seulement nos désirs, les choses qui nous importent, et ceux-ci doivent être évalués à l’aune de raisons pratiques et éthiques. Il s’ensuit que si les émotions jouent un rôle dans l’éthique, c’est de façon très indirecte parce qu’elles révèlent ce qui nous importe. Elles ne révèlent pas directement ce qui devrait nous importer et ne peuvent donc pas fonder directement une éthique.