L’année 2025 marque un tournant historique sous-estimé en Europe. Le 2 avril, les États-Unis présentaient lors du « Jour de la Libération » une nouvelle doctrine commerciale qui qui a débouché sur une guerre moins tarifaire que monétaire. Le 3 septembre, la Chine assumait de manière hautement symbolique sa stratégie de découplage avec l’Occident en invitant le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un à Tiananmen.Ainsi s’achèvent deux décennies de « mondialisation heureuse ». Longtemps structuré en blocs, le monde est devenu a polaire. Le choix de Washington de miser sur la bulle financière de l’ia, comme celui de Pékin de s’enfermer dans une économie de guerre, réduit le pouvoir d’attraction des deux puissances sur le reste du globe. C’est un monde fragmenté qui émerge sous nos yeux. Ses fractures radicales ouvrent un nouveau cycle et imposent à l’Europe, et notamment à la France, des transformations structurelles majeures. Dans les prochaines années, nous sommes appelés à mener une étrange conquête. Conquête économique d’abord, pour des entreprises contraintes de bâtir des interdépendances solides afin de réduire leurs vulnérabilités. Conquête politique ensuite, grâce à une gouvernance renouvelée et à l’émergence de solides partenariats entre secteurs public et privé. Conquête sociale enfin, avec l’instauration d’un contrat où chaque génération se met au service de la suivante. C’est à ce prix que nos sociétés pourront prospérer sur la future « planète du chaos ».