Edouard Glissant : La Lézarde, Le Quatrième Siècle et Malemort
Le dossier de ce numéro Edouard Glissant de la revue Roman 20-50 s'ouvre par le volet consacré à La Lézarde (1958, prix Renaudot). Est présentée ici une réflexion renouvelée sur l'inventivité romanesque, les dimensions spatio-temporelles et la dislocation de la narration, s'enrichissant de la comparaison du premier roman de Glissant avec La Peste de Camus et La Modification de Butor. Il s'agit aussi d'aborder ce roman baroque et épique par le paysage, en suivant les méandres de l'eau – dans ses débordements ou sa lenteur – comme une langue romanesque. Hydrographie et topographie se rejoignent pour découvrir les mots, arpenter les aspérités du réel et naître au monde par la langue. Au finale, La Lézarde ne désigne pas seulement la rivière, c'est aussi la langue elle-même.De plus, ce numéro spécial propose de redécouvrir Le Quatrième Siècle (1964) sous l'angle des humanités environnementales, de la géopoétique, de la cartographie glissantienne, ainsi que de « l'écotrauma », en relation notamment avec l'oeuvre de Saint-John Perse. A partir de là, Le Quatrième Siècle est analysé à travers une poétique de la sédimentation temporelle, une approche alternative des paroles de Papa Longoué par stratification et tourbillon (poussière et sable), en lien avec Derek Walcott, dans la relance d'une autre politique de l'Histoire et de la mémoire. Le deuxième roman de Glissant est ainsi abordé comme roman des matières et des matériaux.La mise en avant, dans ce numéro de la revue Roman 20-50, de la dimension protéiforme et déstructurante de l'écriture de Glissant est essentielle. La réflexion critique du dossier porte ensuite sur l'emmêlement du comique et du tragique dans le récit glissantien, en comparaison avec l'oeuvre de Faulkner et celle de Gabriel García Márquez. Enfin, une réflexion plus large, sur la question de la langue et du multilinguisme chez Glissant, met en lumière les enjeux des interférences entre l'oral et l'écrit. Ainsi, autour des trois premiers romans de Glissant, une sensibilité critique nouvelle se dégage, en direction d'une dimension écologique et écocritique, dont on découvre qu'elle est au coeur de la création littéraire de l'écrivain martiniquais.