Longtemps, j'ai pensé que les images gar-daient le silence. Elles ne refusent pas de parler, elles n'acceptent pas le langage qu'on leur prête. Elles sont ailleurs, avec une patience sans mots Pourtant certains détails insistent. Une ligne, une ombre, un morceau de ciel, la courbe d'une branche. Rien qui réclame d'être racon-té ou compris. Quelque chose qui demeure avec l'obstination des choses qui ne demandent rien. Voir n'est pas reconnaître. Les objets perdent leur nom. Les paysages oublient leur géographie. Les visages renoncent à leur identité. Le monde se retire d'un pas, juste assez pour laisser paraître ce qui, jusque-là, demeurait derrière lui.