Amadou et Bilal est le fruit d’une rencontre entre un regard et des paroles. À la pluralité des photographies de Camille Millerand répondent le dialogue entre Bilal Diakhaté et Amadou Diallo ainsi qu’un texte des anthropologues Émeline Zougbédé et Stefan Le Courant. De ces rencontres se dégagent des trajectoires singulières : de vie et de travail, avec ou sans papiers. Donner la parole à Amadou et Bilal, c’est choisir d’opposer aux discours politiques et médiatiques le plus souvent homogénéisants et stéréotypés sur les sans-papiers, deux singularités, deux expériences de migration parmi tant d’autres en France. Cette ambition, qui innerve le livre tout du long, en cache une autre : celle de composer un récit au travers d’autres manières de dire et de voir, de lire et d’entendre ces bribes d’existences, rarement écoutées, irréductibles à la seule question du travail et des papiers. La contiguïté entre les photographies et les textes sert alors un propos qui ne se définit pas sous un seul angle, mais devient un prisme, faisant varier les lectures, les regards sur les mondes de la migration et du travail, par-delà les imaginaires et les frontières.