En s'appuyant sur une typologie croisant répertoires d'action et types d'acteurs, cet essai, véritable enquête, montre comment se reconfigure le rapport entre art, politique et morale à l'ère des réseaux sociaux : la véritable menace qui pèse sur la culture n'est pas celle d'une supposée intolérance progressiste, mais bien celle d'un climat d'intimidation conservatrice. Loin des oppositions médiatiques simplistes entre une prétendue " cancel culture " progressiste et une liberté d'expression menacée, ce livre déplace le regard vers les mécanismes concrets qui, aujourd'hui, affectent la liberté de création et de programmation. Sortant d'un débat saturé par les usages extensifs et polémiques du terme de censure, il met au jour un déséquilibre profond : les entraves les plus fortes à la création et à la culture ne proviennent pas des mouvements militants de gauche, mais de réseaux conservateurs, religieux ou identitaires. Ces acteurs déploient une pluralité de répertoires d'action qui redéfinissent les rapports de force au sein du champ culturel : pression morale, harcèlement numérique, intimidation physique, interventions institutionnelles, etc. L'ouvrage, reposant sur un travail de terrain auprès de lieux de diffusion culturelle (à l'instar des théâtres et librairies) mais aussi académique, invite à un déplacement du vocabulaire. Plutôt que de parler de censure (supposant une autorité centralisée) ou de cancel culture (concept importé et souvent instrumentalisé au service d'une idéologie réactionnaire), l'enquête propose, à travers de nombreux exemples, d'analyser les multiples formes d'entraves et d'atteintes à la liberté de création et de programmation, de la plus visible à la plus invisible et diffuse. Ces notions permettent d'appréhender la complexité des dynamiques contemporaines : diversité des acteurs (artistes, institutions publiques ou privées...), variété des modes d'action (sociaux, numériques, politiques, économiques), effets d'autocensure, brouillage des frontières entre sphère publique, mobilisations citoyennes et institutions culturelles. Enfin, il s'agit d'exposer, de manière étayée, la " bataille culturelle " à l'œuvre en France, comme dans d'autres pays occidentaux. " C'est aussi défendre une condition essentielle de la démocratie qui repose sur l'existence d'espaces où les conflits peuvent se dire, se confronter et se transformer. Lorsque ces espaces se restreignent, c'est la capacité même de la société à organiser le pluralisme et la délibération qui se trouve fragilisée. "