Ce livre plonge au cœur de l'émeute, quand tout s'embrase. Instantané d'une nuit de chaos à Karachi, déclenchée par l'assassinat de Benazir Bhutto en 2007, Quand la ville brûle nous immerge dans un Pakistan en pleine effervescence. À un " roman-photo " à deux voix et en deux-roues succède un essai réflexif sur la fabrique de l'émeute et la manière dont elle engage les corps. Il est 18h16, le 27 décembre 2007, lorsque la télévision pakistanaise annonce le décès de Benazir Bhutto, visée quelques heures plus tôt par un attentat-suicide. Malgré les accusations de corruption qui ont entaché ses années au pouvoir, " Bibi " restait pour ses partisans la défenseuse des opprimés. À quelques jours d'élections générales supposées clore huit années de régime militaire, elle incarnait en outre la promesse d'un changement démocratique. C'est aussi cet espoir qui disparaît avec elle. Dans les heures qui suivent cette annonce, des émeutes meurtrières éclatent dans la province du Sindh, fief du clan Bhutto. À Karachi, la capitale économique et financière du pays, les partisans de l'ex-Première ministre se soulèvent, tandis que des groupes de pillards motorisés profitent de la situation pour mettre la ville à sac. Pris au piège des émeutes, Waseem Yaqoob livre ici un témoignage saisissant. Égaré le temps d'une nuit dans la ville en flammes, le jeune motard, affilié à l'un des partis qui se disputent la capitale du Sindh, va faire de belles et de mauvaises rencontres. Tissé autour du récit au ras-du-bitume de ce trompe-la-mort dérouté, Quand la ville brûle apporte une contribution inédite à la phénoménologie du désordre – à la compréhension des tâtonnements individuels en situation d'effervescence collective. À partir du témoignage de cet ami, devenu co-auteur, s'échafaude une enquête collaborative, mêlant écriture visuelle et textuelle pour restituer l'épaisseur d'un moment de vacillement général. Prolongeant ce récit à deux voix et en deux-roues, la seconde partie de l'ouvrage prend la forme d'un court essai socio-historique, contextualisant les troubles de Karachi tout en les ouvrant à la comparaison, avec, notamment, la question de la politisation des émeutes. Il s'agit ici de creuser une veine encore peu explorée par les spécialistes des crises et des guerres intestines : le risque de la confiance, consistant à placer son destin entre les mains d'inconnus, à l'issue d'actes de foi difficilement envisageables dans les situations plus ordinaires de la vie sociale. Les scènes d'émeute parsemant le texte, qui font directement écho au récit de Waseem, ont été photographiées le 9 mai 2023, à l'occasion des troubles suscités par l'arrestation d'Imran Khan, l'ex-Premier ministre du Pakistan (18 août 2018-10 avril 2022). Une résonance qui démontre la place récurrente de l'émeute dans la fabrique de la ville, à Karachi comme ailleurs.