L’affectivité au travail fait l’objet d’un hygiénisme émotionnel qui confine au « management du bonheur » dans beaucoup d’organisations du travail. Les salariés sont formés à la « gestion » de leurs émotions. Un « conformisme émotionnel » évacue la discussion du travail. En réalité, on est surtout affecté par tout ce qu’on ne peut pas faire avec les autres pour la qualité de son travail. Au moment où la défiance menace la confiance nécessaire, devant le déni des délibérations autour du travail « bien fait », une conceptualisation de l’affectivité en activité est utile pour agir.Ce livre contribue à ce chantier ouvert, sur lequel travaillent depuis plus de quinze ans les chercheurs-praticiens et praticiens-chercheurs du séminaire « Travail et Affects » de l’équipe de Psychologie du travail et clinique de l’activité (PTCA) du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam). Contre l’idée que les émotions pourraient se « gérer » comme un attribut psychologique personnel renvoyant chacun à lui-même, cet ouvrage enracine l’affectivité dans l’activité réelle des hommes et des femmes au travail.Mieux vaut alors chercher à « soigner le travail » et son organisation dans l’analyse de leur activité avec les premiers concernés, plutôt que de « pasteuriser » les affects en les normalisant. À plusieurs, ce livre envisage différentes manières de s’y essayer, à l’appui d’une conception originale de l’affectivité en activité. L’affect y est regardé comme un « coefficient de vitalité ». Il augmente ou diminue le pouvoir d’agir. Les travaux présentés dans cet ouvrage permettent de mieux comprendre en quoi l’intervention à visée transformative « marche à l’affect », comment il lui donne, dès le départ, son énergie.