Nous aimons les animaux, pourtant nous les mangeons. Ce paradoxe éveilled’inconfortables formes de déni, de dissociation et de répression de nos pensées. Ladécouverte des sordides conditions de production de notre alimentation carnée n’aide enrien. Pourtant, nous continuons à consommer les carcasses des animaux qui partagent notremonde. La perspective d’une meilleure consommation, par le soutien à l’agriculture locale,nous permet néanmoins de relativiser notre mauvaise conscience. Mais cette perspectived’une «?bonne vie?» offerte aux animaux élevés en plein air, dans nos campagnes françaises,soldée par une «?bonne mort?», est un mirage. Avec La Vie rêvée des animaux, Alix Ricaudémontre que la surabondance des animaux dans nos assiettes n’a rien d’un processusnaturel et tout d’une entreprise marketing réussie. Les représentations collectives qui nousont été vendues, notamment dans la presse et les romans, sont remplies d’ambiguïtés et decompromis moraux dans notre rapport aux animaux non humains. Ce fantasme de la viandelocale éthique est bien une représentation rêvée, puisqu’il impliquera toujours la mise à mortd’êtres vivants.