Longtemps, l’esprit a désigné ce qu’il y avait en nous de plus souverain, privé et étranger aux mécanismes du corps. Les sciences modernes ont défait cette évidence. Entre l’épaisseur biologique du cerveau et l’abstraction logique du calcul, la pensée est dès lors soumise à l’enquête expérimentale, à la mesure et à la modélisation.Ce que la science fait à l’esprit retrace cette transformation. De Descartes aux neurosciences contemporaines, il suit l’entrée de la perception, de la mémoire, du langage et de la conscience dans le laboratoire, la clinique et les modèles des sciences cognitives. Les anciennes puissances de l’âme s’y trouvent fragmentées, observées, simulées et rapportées à des opérations matérielles dont les mécanismes ne livrent pas encore tous leurs secrets.L’esprit change alors de statut. Il devient le nom pratique d’une organisation complexe, biologique et informationnelle. Son activité permanente constitue ce que nous appelons désormais la cognition.