La science moderne et la politique ne se tiennent pas à distance. Elles s’entrelacent, se soutiennent parfois, se contraignent souvent et s’instrumentalisent à l’occasion. Cet ouvrage interroge cette fabrication du réel en remontant l’histoire des sciences modernes et en montrant comment des régimes d’expertise installent des formes d’autorité et fabriquent des dispositifs de légitimation. L’enquête mobilise la philosophie politique, la sociologie des sciences et une lecture serrée des pratiques de gouvernement. Elle traverse la République des lettres, les tribunaux de la science, les débats sur l’épistocratie et la technocratie, avant d’aborder la pandémie comme laboratoire d’administration scientifique du social. L’enjeu n’est ni de dénoncer la science ni de sacraliser l’expertise, mais de restituer aux savoirs leur caractère public, révisable et ouvert à la discussion, afin de penser les conditions d’une participation éclairée aux décisions qui engagent la vie commune. Il s’agit ainsi de penser un usage public du savoir qui demeure compatible avec l’idéal démocratique.