Une histoire du modèle social français
Le modèle social français n'en finit par de se déliter. Moins d'un salarié sur dix est syndiqué, et pourtant nulle part ail-leurs au monde les organisations syndicales et patronales ne possèdent autant de pouvoir à la fois sur l'assurance chômage, la formation, le secteur de la santé et les retraites. Comment des organisations que si peu de Français ont choisi de rejoindre ont-elles acquis de telles prérogatives ?La réponse tient à deux décisions presque oubliées. En 1936, le Front populaire donne à des organisations supposées repré-sentatives dans leur secteur le droit d'y élaborer des « lois professionnelles ». Puis, dans l'euphorie de la Libération, l'État délègue à ces mêmes organisations la gestion de la Sécurité sociale. Le résultat ? Les partenaires sociaux jouissent d'un pouvoir exorbitant sans contrepartie de performance et sans en assumer les coûts, lesquels retombent « silencieusement » sur la collectivité. La promesse d'émancipation collective du Conseil national de la Résistance se mue en un système corpo-ratiste qui surprotège les personnes déjà intégrées dans des emplois stables au prix de l'exclusion des jeunes, des chômeurs et des précaires.Ce livre retrace cette dérive depuis les accords Matignon de 1936 jusqu'au deux quinquennats d'Emmanuel Macron. Ni pamphlet anti-syndical ni plaidoyer nostalgique, cette enquête historique propose aussi des pistes pour rebâtir, sans le démanteler, le modèle social français, fondées sur l'adhésion volontaire, la transparence et la primauté du suffrage universel.