Ressources philosophiques et thélogico-politiques venant d'Europe
Et si la modernité avait non pas mis fin à la question de Dieu, mais préparéson retour sous un autre nom ?Plutôt que de représenter l’épuisement de la nomination de Dieu, la modernitépourrait être l’attente de son avènement autrement. Dans cette perspective, ledésenchantement du monde n’est plus celui de Dieu, et la théologie politique ouvreune nouvelle manière de penser le sujet : non point comme soumis à une hétéronomie,mais appelé par celui qui ne se mesure pas. Conséquemment, la modernité nedevrait pas définir le sujet par la seule autonomie, mais par la capacité d’initiativegrâce à laquelle les hommes forgent leur histoire individuelle et collective.Si les religions politiques du xxe siècle ont confondu destin temporel et aspirationà un royaume qui n’est pas de ce monde, et si les religions civiles des xviieet xviiie siècles ont cherché une sociabilité commune, une théologie du politiquerelève d’un autre geste. En dé-coïncidant la nomination de Dieu et celle du politique,elle n’impose pas une norme religieuse, elle offre aux sociétés – démocratiquesou non – les ressources de l’incommensurable dans un monde dominé parla mesure. L’individu de droit, appuyé sur la technique, n’est pas encore un sujettant qu’il se fait et reste la mesure de lui-même.Mêlant érudition et précision, Bernard Bourdin relit les grandes mutationsphilosophiques et théologiques qui ont façonné l’Europe et propose une critiquedu théorème du désenchantement du monde, afin de repenser Dieu commeincommensurable, ressource d’un sujet politique moderne.Dominicain, professeur de philosophie politique à l’Institut catholique deParis, Bernard Bourdin est spécialiste du rapport entre religion, société etpolitique. Il est l’auteur de plusieurs livres dont Le christianisme et la question duthéologico-politique et Le chrétien peut-il aussi être citoyen ? aux Éditions du Cerf.