Comment penser le mal ?Peut-on penser le sens ou la finalité du mal auquel les êtres humains sont confrontés ? Ou, en termes théologiques, peut-on démontrer qu’il n’y a pas de contradiction entre l’existence d’un Dieu bon, créateur et tout-puissant et l’existence du mal ? Pierre Gillouard éclaire le traitement original par Simone Weil de la question de la théodicée à l’orée et au cœur de la Seconde Guerre mondiale. D’abord athée, la philosophe fait le constat de l’absence de finalité du mal, à partir d’une réflexion sur l’impossibilité de la disparition de l’oppression en société. En franchissant ensuite un seuil mystique, si elle cherche à « penser ensemble dans la vérité le malheur des hommes, la perfection de Dieu, et le lien entre les deux », c’est paradoxalement en actant la fausseté et l’immoralité de toute tentative de justification du mal. La réponse qu’elle propose alors est indissociable d’une transformation de soi pour accéder à la vérité, le sens même, pour elle, de la philosophie. Simone Weil aura ainsi pensé le problème du mal à partir de l’expérience de celles et ceux qui souffrent, et non pas au détriment d’eux, sans jamais renoncer à la lutte éthique et politique contre l’oppression tout au long de son itinéraire de vie et de pensée.